Exclusif. Brian Cute (interview) : « Les noms de domaine les plus courts seront les meilleurs »

Brian Cute, le directeur de la société américaine Public Interest Registry qui gère l’extension .org au niveau mondial vient d’achever une tournée en Europe pour proposer aux ONG européennes un nom de domaine unique en .ong. Il nous a accordé un entretien exclusif.

Nom-domaine-magazine : Brian Cute, vous dirigez le Public Interest Registry (PIR) qui gère l’extension internet .org. Quel est son véritable poids sur le marché mondial des noms de domaine ?

Brian Cute : Le PIR a été lancé en 2002 à Reston (Virginie) par l’association américaine Internet Society pour exploiter le domaine de premier niveau .org, le troisième au monde derrière le .com et le .net. Aujourd’hui cette organisation à but non lucratif gère quelque 10 millions de noms de domaines enregistrés sous cette extension. Elle regroupe 20 salariés et dégage un chiffre d’affaire annuel de 70 millions de dollars.

Le lancement des nouvelles extensions génériques et personnalisées représente bien évidemment un enjeu important pour le PIR. Comment va-t-il se positionner ?

B.C : Public Interest Registry postule auprès de l’Icann pour obtenir la gestion des .ong et .ngo (ong en langue anglo-saxonne, NDLR). Ces deux adresses s’adresseront aux Organisations non gouvernementales (ONG) dans leur diversité, depuis l’association locale jusqu’à l’ONG internationale, pourvu que chacune réponde à ces trois critères : but non lucratif, non criminel et non gouvernemental.

En quoi le .ong sera plus avantageux pour elles ?

B.C : Aujourd’hui, les ONG n’ont aucun moyen de se démarquer à travers leur nom de domaine. On les retrouve souvent en .org  qui est extension ouverte à tous. Au contraire, le .ong  sera exclusivement réservé à la communauté des ONG. Ce nommage hyper contrôlé, fermé et sécurisé leur permettra d’améliorer la confiance des internautes qui souhaitent, par exemple, faire des dons en ligne et s’assurer que leur destinataire est bien une ONG et non une organisation frauduleuse.

Par quels moyens le PIR va-t-il effectuer ce contrôle ?

B.C : Public Interest Registry ne peut assurer, à lui seul, toutes les vérifications. On s’appuiera donc sur la communauté des ONG qui nous aidera à identifier les éléments viables. Nous avons deux autres possibilités : utiliser les listes officielles des ONG dressées par les gouvernements et accéder aux documents administratifs justifiant de l’authenticité de ces organisations lors de leur création.

Avec la taxe de 185 000 dollars à verser à l’Icann, les frais de gestions et les coûts générés par l’ensemble du processus de vérification, le .ong est très un gros investissements pour le PIR…

B.C : Oui les sommes engagées sont importantes. Le succès de l’actuel .org va nous permettre de financer la facture. Pour le reste, la vente future du .ong compensera cet investissement nécessaire à nos yeux puisqu’il répond à la mission première de Public Interest Registry envers la communauté qu’il sert.

Justement, vous avez recensé environ 10 millions d’ONG dans le monde. C’est autant de nouveaux noms de domaine que vous souhaitez vendre ?

B.C : Au-dessus d’un million, on pourra considérer que le .ong est un succès. Mais le nombre d’enregistrements n’est pas notre préoccupation principale. Notre mission consiste aussi à améliorer la visibilité de la communauté des ONG et à favoriser les interactions entre les associations et les donateurs.

Vous vous adressez à un secteur non marchand. En tiendrez-vous compte dans les tarifs de location de vos noms de domaine ?

B.C : Aujourd’hui le prix d’un nom de domaine en .org est de 8 dollars. Le .ong, qui offrira des garanties renforcées sera, de fait, un peu plus cher. Mais on souhaite proposer un prix qui reste abordable pour les petites associations naissantes sans grands moyens. On ne montera jamais jusqu’à 100 dollars.

L’intérêt des ONG françaises pour un .ong est-il fort ?

B.C : L’accueil est plutôt positif, oui. 60% des ONG qui utilisent aujourd’hui un .org, un .fr, un .be ou .ch approuvent l’idée d’un nom de domaine en .ong qui s’assimilerait presque à un label. Le besoin est d’autant plus fort qu’il n’existe rien de ce type sur internet aujourd’hui. La communauté des ONG ne dispose pas d’un réseau social dédié à sa cause, par exemple. Une identité numérique propre leur permettra non seulement d’accéder à un répertoire commun mais aussi de renforcer les échanges entre elles.

Convaincre les ONG, c’est donc le but de votre tournée en Europe ?

B.C : Oui, j’ai rencontré des organisations, ici à Paris, mais aussi à Munich et Bruxelles. Le but est de trouver des partenaires prêts à nous aider dans les processus de vérifications. Selon un sondage que nous avons réalisé en France, seuls 25% des ONG avaient entendu parler du .ong. Il nous reste donc beaucoup de communication à faire et de partenaires à convaincre.

Aujourd’hui vous ne doutez pas que l’extension .ong vous soit attribuée? Si oui, quel est le calendrier fixé par l’Icann ?

B.C : La validation de l’ Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) est en cours. Mais nous sommes très confiants car le PIR est le seul candidat à l’attribution d’un .ong. On espère avoir le feu vert à la fin de l’année 2013. Si tout va bien, les premières adresses en .ong devraient faire leur apparition au cours du deuxième semestre 2014.

Pourquoi ne pas avoir tenté votre chance sur des termes comme .charity ou .donate ?

B.C : Parce qu’on pense que les extensions de trois caractères maximum sont celles qui auront le plus de chances de tenir. Difficile d’imaginer les internautes écrire des noms de domaines trop longs et donc trop complexes, d’autant qu’ils les transcrivent aujourd’hui de moins en moins dans la barre de recherche mais plutôt dans le moteur de recherche de Google. Les plus courts seront les meilleurs. C’est un feeling que l’on a. On verra s’il se vérifie.

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